Sacralisation
Le phénomène de la sacralisation a été étudié par les historiens des religions. La sacralisation est un phénomène de séparation d’un objet, d’un être, d’un lieu, par rapport au monde. Ainsi sacré s’oppose à profane. Il y a plusieurs moyens d'obtenir une sacralisation. Le sacrifice, par exemple, vient des termes latin sacra facere, littéralement rendre sacré. Tout être ou objet sacrifié échappe au monde profane et entre dans celui du sacré. Les lieux peuvent être rendus sacrés: ils deviennent des sanctuaires, des lieux sacrés dans lesquels les règles du monde profane ne s'appliquent pas. C'est cela qui explique que les temples et les églises servaient de refuges. Il était interdit d'aller y rechercher une personne qui s'y réfugiaient. Un objet peut être sacralisé: désormais il ne peut plus être traité comme un objet profane. Seuls les prêtres égyptiens étaient autorisés à prendre soin des statues des dieux. Enfin des personnes peuvent être sacralisées. Si le sacrifice constitue un moyen extrême de sacralisation, l'initiation ou la consécration comme prêtre ou prêtresse en sont les formes les plus courantes. Plus d'informations sur ce thème: RUDHARDT Jean (1992), Notions fondamentales de la pensée religieuse et actes constitutifs du culte dans la Grèce classique, 2e éd., Picard, Paris ELIADE Mircea (1965), Le sacré et le profane, Gallimard, Paris Dans notre société laïcisée, ce phénomène s’est transposé dans d’autres domaines, notamment dans celui de l’art et de la culture. Le musée fait partie de ces institutions chargées de produire du sacré. En effet, il isole certains objets du reste du monde. C’est surtout le cas des musées centrés sur les objets, à savoir les musées d’art, d’histoire, d’archéologie, d’anthropologie. Bernard Deloche voit l’origine de ce phénomène de sacralisation dans le processus d’assimilation de l’individu à ce qu’il crée . Selon lui, l’individu s’identifie à son produit, comme l’artiste à son œuvre, et le sujet individuel s’identifie au sujet collectif, en l’occurrence l’humanité, à travers une œuvre commune, la culture. De ce fait, certains objets reçoivent le statut de doubles sacrés de l’humain. Par conséquent, le musée, en tant que dépositaire de ces doubles, devient le garant d’une certaine image de l’homme : En sélectionnant sévèrement et en isolant les objets qu’il a pour mission de protéger en tant que témoins de l’humain, le musée s’est fait l’outil d’un véritablement détournement, il s’est transformé en lieu de culte, en machine à fabriquer du sacré, au point d’oublier trop souvent sa mission élémentaire de communication. DELOCHE Bernard (2001), Le musée virtuel : vers une éthique des nouvelles images, PUF, Paris, p. 93
Photo: Flickr
Il suffit de se rendre au Musée du Louvre pour constater que les visites prennent des allures de pèlerinage, surtout devant certaines œuvres comme la Joconde, la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace (comme sur la photo ci-dessus).
La contestation du rôle du musée dans la société, peut-être plus ancienne, a éclaté au grand jour dans la mouvance de la fin des années 60. Des artistes ont critiqué ouvertement ces institutions. Pissaro a déclaré: « Il faut brûler les nécropoles de l’art.» Quant à Vasarely, il a dit: « Je veux finir avec tout ce qui fait le musée: l'œuvre unique et irremplaçable, le pèlerinage, la contemplation passive du public. »
Encyclopédie Universalis 2004, s.v. musée.
Le rôle du musée dans la société est donc de plus en plus remis en question. Plusieurs solutions ont été proposées : maisons de la culture qui réunissent plusieurs types d’expression artistique, éco-musées, plus proche du contexte régional et mettant l’homme au centre de leurs préoccupations. La muséologie de la rupture du Musée d’ethnographie de Neuchâtel a, de son côté, entamé une profonde réflexion sur l’objet déposé dans le musée et le sens que cela peut prendre, à travers plusieurs expositions.
http://www.men.ch
Valeur monétaire des oeuvres d'art
Les oeuvres d'art atteignent des valeurs qui deviennent problématiques:- les oeuvres d'art constituent un investissement financier. Des oeuvres de grands peintres peuvent prendre de la valeur en quelques années, d'une vente aux enchères à l'autre. Les plus-values réalisées peuvent être très importantes, dépassant des investissements dans des domaines plus classiques.
- le prix des oeuvres les rend de moins en moins accessibles aux musées. Ces derniers n'ont pas les moyens de les acheter ou doivent compter sur la générosité des dons privés:
- Tentative d'achat d'un Van Gogh pour l'exposer dans la maison où il est mort.
- Rachat d'un tableau de Poussin qui sinon serait parti dans un musée américain ou dans une vente aux enchères (Le Monde)
- la rareté ou l'aspect unique
- la mythologie ou les anecdotes auteur de l'oeuvre et de l'artiste
- peu de personnes sont autorisées à discourir sur les objets sacrés ou les oeuvres d'art
- la distance (on ne peut pas les approcher, les toucher)
Inaliénabilité
En France, les collections des musées nationaux sont inaliénables. Cela signifie qu'elles ne peuvent être ni vendues, ni louées. Seul le prêt est possible. Ce principe est maintenu remis en question par le président Nicolas Sarkozi. Lettre de mission http://www.latribunedelart.com/Editoriaux/Editoriaux_2007/Editorial_Inalienabilite_Raphael_515.htm http://www.latribunedelart.com/Nouvelles_breves/Breves_2007/8_07/Alienabilite_737.htm http://www.ouest-france.fr/Les-musees-pourront-ils-vendre-leurs-oeuvres-/re/actuDet/actu_3639-538020_actu.html
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