De la vitrine à l'écran

Les vitrines des musées présentent plusieurs désavantages:

  • on peut y glisser plusieurs objets. Mais il faut encore trouver le moyen d'indiquer ce que sont les objets. Il y a le système, souvent jugé disgracieux, des numéros auxquels se reportent une fiche donnant quelques informations sur chaque objet. On peut également indiquer sur la fiche de la vitrine en précisant que tel objet se trouve à tel endroit (en haut à gauche, par exemple). Ce système pose de réels problèmes d'ergonomie, notamment pour les personnes dislatérales (confondant la droite et la gauche). De plus, le visiteur a besoin de plus de temps pour identifier l'objet et, au bout de quelques vitrines, il perd probablement patience et se contente de regarder l'ensemble de la vitrine sans se préoccuper de l'identification des objets. C'est donc un grand avantage de la collection en ligne: chaque objet a droit à sa vitrine (un écran) qui peut conduire, grâce à des liens, à des informations toujours plus approfondies.
  • les vitrines associent des objets, mais en règle générale, les associations sont peu explicitées. Là aussi, c'est un avantage de la collection en ligne: chaque objet peut être relié à d'autres par diverses variables. Les associations se font dynamiquement par le biais des méta-données.

Musée en ligne

Dans un musée virtuel en ligne ou dans un cybermusée, on peut avoir à faire avec :

  • l’original, s’il s’agit d’une œuvre numérique
  • à un substitut numérisé

Le substitut existe depuis longtemps dans l’univers muséal : reproductions sous forme de gravure, copies de plâtre ou plus récemment de résine, photographie, hologramme, statue de cire, etc. L’image numérique ne représente en fait que le dernier avatar d’une longue. Mais sa nature numérique lui confère certaines particularités. Le substitut partage certes avec d’autres supports la possibilité d’être reproduit en de multiples exemplaires: gravure, photographie, etc. Mais la copie numérique peut s’effectuer à l’infini, sans perte de qualité dans le cas de copies de copies et à peu de frais, les frais résidant essentiellement dans le stockage. De plus, qui dit numérique, dit calcul. Les fichiers numériques peuvent être modifiés ou manipulés. Quoi qu’il en soit, la présence d’images est essentiel dans un musée virtuel en ligne ou dans un cybermusée. En son absence, on parlera simplement de système d’information. Mais sa simple présence ne suffit peut-être pas. Il faut en effet veiller à la qualité et à l’attractivité de la visualisation de l’objet. D’où l’importance des méthodes de visualisation.

Il existe une multiplicité de méthodes de visualisation des substituts des œuvres et des objets. On peut les ranger en plusieurs catégories :

  • une photo et son agrandissement via un lien (cas le plus courant)
  • un zoom permettant d’agrandir l’image et de se déplacer sur sa surface
  • un système permettant de faire tourner l’objet en trois dimensions ou de l’animer, s’il a des pièces mobiles
  • une modélisation en 3D, visible en différé ou avec possibilité de manipulation
  • un outil de comparaison, permettant de regarder deux œuvres côte à côte

L’outil de visualisation de substituts numériques est le plus souvent un ordinateur et son écran, mais il existe d’autres possibilités dont certaines existent in situ, c’est-à-dire dans le musée de réel ou le site archéologique, alors que d’autres recueillent les données à distance, via Internet:

  • in situ :
    • écran tactile
    • ordinateur mis à disposition
    • dispositif de réalité augmentée

  • à distance
    • ordinateur personnel
    • appareil mobile (téléphone ou assistant personnel)

Ainsi le musée réel a la possibilité de se virtualiser en donnant accès soit à la collection qui n’est pas visible dans les salles, soit à d’autres collections qui contiennent des items comparables aux siens. On peut mentionner l’exemple du Centre Paul Klee qui donne accès, à l’intérieur de ses murs, à l’ensemble de l’œuvre de Klee. La question fondamentale est celle de savoir ce que représente la visualisation d’un substitut numérisé par rapport à la contemplation de l’original. La réponse à cette question passe par une question tout aussi pragmatique qu’iconoclaste : les musées sont-ils les meilleurs endroits pour voir les objets ? Chacun aura expérimenter au moins une fois dans sa vie la désillusion que procure la visite d’un musée, notamment d’un musée contenant des œuvres célèbres : attente à l’entrée, brouhaha, foule pressée autour de certains objets, fatigue. Il faut ajouter à cette liste le fait qu’à part certains objets qui sont particulièrement mis en évidence, les autres sont mis les uns à côté des autres. La lumière fait parfois problème, notamment à cause des reflets dans les vitrines ou sur les verres censés protéger certains tableaux. Dans certains musées, la collection est tellement grande que sa visite complète relève de l’exploit.

Il existe aussi des cas patents où une visualisation sur écran peut remplacer la vision in situ, car elle apporte une meilleure qualité et un accès plus complet à l’œuvre :

  • aggrandissement
  • possibilité de consulter l’ensemble d’une œuvre (manuscript ancien), sous toutes ses faces
  • possibilité d’ajouter diverses couches d’information (original/reconstitution)
  • object complexe cliquable

En effet, dans certains domaines, on peut considérer que l’image numérique sur laquelle on peut zoomer est bien meilleure ou plus intéressante que l’original : les papyrus , les parchemins , les tablettes cunéiformes sont par exemple plus lisibles de cette manière. La possibilité d’animer les objets en trois dimensions, soit en les filmant, soit avec une animation 3D, permet aussi de les découvrir sous toutes leurs faces, alors que dans les musées, ils sont statiques et, dans la plupart des cas, visible sur une seule face. Prenons l’exemple d’un cabinet des médailles. La plupart des musées d’histoire et d’archéologie possèdent une semblable salle où sont exposées des pièces de monnaie. On les présente dans des vitrines à fond oblique, par période. Les monnaies sont souvent trop petites ou usées pour qu’on puisse bien les observer. En outre, comme il s’agit d’objets minuscules, on hésite à poser à côté une trop grande étiquette, pour y inscrire la légende. Enfin, une pièce a deux faces et, sauf en recourant à un miroir, on ne peut en montrer qu’une seule. Par conséquent, les cabinets des médailles offrent un spectacle peu passionnant, sauf pour les numismates. Dans ce cas, la consultation des pièces de monnaies numérisées via Internet ou sur des ordinateurs disponibles dans le musée apporterait certainement un plus. Le visiteur verrait tout d’abord des images des pièces agrandies. Il pourrait en admirer les deux faces et même la tranche. Il aurait accès à une notice explicative complète. Enfin, il aurait la possibilité d’effectuer lui-même des tris et des recherches dans la collection, selon divers paramètres : période, région, valeur, etc.. Enfin, certaines œuvres ou certains objets sont tellement fragiles qu’il est préférable de les laisser dans les réserves. Dans ce cas, la copie numérique est la seule accessible. Bien entendu, ces remarques ne sont pas valables pour tout le contenu d’un musée, mais de plus en plus, les conservateurs seront amenés à réfléchir à ces possibilités.




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