La dérive architecturale

Le bâtiment est souvent indissociable de l’institution qu’il abrite. Le Louvre tire son nom du palais dans lequel un musée d’art et d’histoire a été installé. Aujourd’hui, la tendance est aux projets architecturaux d’envergure : les musées sont construits ou rénovés par des architectes de renom. Le bâtiment a parfois tellement d’importance qu’il devient le symbole du musée. C’est tellement vrai que, dans le cas du Musée Guggenheim à Bilbao, les oeuvres doivent tenter de rivaliser avec le bâtiment construit par l’architecte américain Frank Gehry: les visiteurs semblent garder un plus grand souvenir de l’enveloppe que du contenu. La construction de ces musées à l'architecture ambitieuse répond le plus à des critères très éloignés des besoins des musées. Il s'agit avant tout de projets architecturaux: la construction d'un musée, pour un architecte, est une entreprise très valorisante. Le bâtiment n'est pas réservé à un nombre limité d'usagers, mais au contraire ouvert à un vaste public. Le musée fait également d'une large promotion touristique. Ces projets peuvent être liés à des réflexions plus globale sur l'urbanisme: ils peuvent aider à la revitalisation d'un quartier ou même d'une ville. Ils servent alors de carte de visite. Enfin, les politiciens apprécient beaucoup de ficeler ce type de dossier dans leur carrière. Rappelons que les trois derniers présidents de la France ont construit des musées ambitieux.

Ces grands musées donnent l'impression aussi de vouloir rivaliser avec les parcs d'attraction. Certaines institutions sont d'ailleurs à mi-chemin entre ces deux formes. Bien entendu, ce gigantisme a des conséquences sur le fonctionnement du musée: vu les investissements consentis, il faut attirer un public nombreux et donc se montrer attractif. Le prix à payer est que les considérations commerciales vont l'emporter.

Pour en savoir plus:

http://www.museum-lyon.org/publications/publications_museum/musees_21_catalogue.htm

http://www.museum-lyon.org/expo_temporaires/musees_21_grilles/musees_21_grilles_journal_fr.pdf

Ces grands projets masquent cependant la réalité des musées de taille moyenne ou des petits musées. L'entretien de bâtiments coûte cher, de même que toute la logistique nécessaire au fonctionnement d'un musée. On a vu des exemples de musées cherchant à vendre des oeuvres de leur collection pour réparer un toit.

Quand les bâtiments s'avèrent trop vétustes ou inadaptés, la question d'une nouvelle construction se pose. Mais cela constitue un investissement très lourd. En Suisse, par exemple, plusieurs projets de construction sont bloqués : musée d’ethnographie de Genève, musée d’art contemporain à Lausanne, extension du musée d’ethnographie de Neuchâtel. Avec toutes les conséquences que cela a sur la valorisation des collections.

Mais le bâtiment pose un problème plus fondamental. Il enferme la collection dans un espace donné. Il impose ses formes. Depuis quelques temps cependant, le musée cherche à échapper à ses murs. L’attitude muséale investit donc d’autres lieux. Parfois, on intègre un musée dans un site, comme dans le domaine de l’archéologie ou de l’écologie. De nombreuses expositions sont organisées dans les endroits les plus divers : centres commerciaux, églises, parcs, etc..

Même s’il y a un bâtiment, les collections y sont à l’étroit. Il faut savoir qu’une infime partie des collections du monde sont visibles dans les vitrines des musées. Un musée comme le Louvre expose moins de 10% de ses trésors . La plus grande partie des collections des musées est donc stockée dans des dépôts ou des compactus. Bien entendu, les musées ont besoin de ces objets surnuméraires pour des expositions ou pour assurer un tournus dans les vitrines. En tous les cas, ils doivent en assumer la conservation dans des conditions optimales.

Musée mobile

http://www.mobile-museums.com/en/

ET LE MUSEE VIRTUEL?

Le musée est-il associé à un bâtiment ou le bâtiment n'est-il qu'une des solutions à la problématique muséale? Il existe de nombreuses manière de répondre à cette problématique, pour peu que l'on se détache de l'obsession de l'original: le livre, la photographie, l'informatique en réseau ou non.

La solution Internet présente en tout cas des avantages certains:

  • ubiquité: les objets sont accessibles en tout temps et à partir de tout lieu (pourvu qu'il soit relié)
  • accessibilité: la visite du musée virtuel évite de devoir se déplacer. Il est clair que le musée de brique et de ciment joue un rôle social important, comme lieu où l'on se rend en famille ou avec des amis. Mais il faut songer à d'autres logiques d'accession au contenu d'un musée, notamment la logique thématique. Une personne souhaitant voir tous les vases d'un certain type appréciera de pouvoir faire ses recherches sur Internet et ne se déplacera que pour certaines pièces.
  • coûts: dans la mesure où de nombreux musées sont financés par de l'argent public et que leurs collections sont la propriété des collectivités publics, il importe de trouver la solution offrant le meilleur rapport qualité/prix. Est-il raisonnable de dépenser quelques dizaines de millions de francs pour une collection de moyenne importance ou faut-il investir dans une solution Internet, moins coûteuse et permettant de toucher plus de monde.





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