Qu'est-ce que la longue traîne? Il s'agit d'une observation de Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired, qui s'est penché sur un phénomène intéressant dans le domaine du e-commerce. Des sites comme Amazon développent toutes sortes de fonctionnalités visant à améliorer les ventes de leurs produits. Les possesseurs de compte chez Amazon reçoivent régulièrement des recommandations d'achat. Amazon a aussi donné la possibilité aux internautes d'écrire des critiques des ouvrages directement sur le site (ce qui était auparavant le privilège d'un petit nombre d'individus). Dans ces recommandations, les lecteurs parlent parfois d'autres ouvrages qu'ils ont lu sur le même thème. Ces ouvrages sont presque épuisés ou totalement. Mais grâce à ce système, ils retrouvent un deuxième souffle. Ce phénomène est amplifié grâce à la blogosphère, à tout le buzz qui se fait sur le Net. Les résultats des ventes prennent alors une allure nouvelle: les bestsellers se vendent moins alors que de très nombreux produits. La répartition des ventes prend la forme de la traîne d'une robe de mariée. En résumé, on vend moins de plus. L'offre augmente et les ventes se répartissent sur cette offre élargie.

Cette répartition a des conséquences sur les gains réalisés par les vendeurs (et indirectement par les créateurs): les grandes ventes rapportent moins et de très nombreux produits amènent des revenus faibles. De là à penser que bientôt commerçants et auteurs tireront le diable par la queue, il n'y a qu'un pas… Ce modèle, issue de l'observation de la vente de livres, semble se répandre dans les domaines les plus divers: vente de musique, de vidéos, etc...

Mais on trouverait certainement ce même modèle dans le domaine de la photographie. En effet, grâce à la technologie du numérique, le nombre de photographes qui publient des photos sur Internet a considérablement, répartissant autrement les revenus tirés de cet art. A titre d'exemple, on peut mentionner le site JPG. Il est possible d'y déposer des photos numériques. Les internautes votent pour les images qui leur plaisent le plus. Les 100 photos qui récoltent le plus de suffrage ont le droit d'être imprimé dans le magazine sur papier qui sort régulièrement. Le phénomène de la photo numérique est si massif que le musée de l'Elysée, à Lausanne, a décidé d'y consacrer une exposition: "Tous photographes".

http://jpgmag.com/

http://www.elysee.ch/

De nouveaux modèles économiques doivent être trouvés. Deux sociétés, l'une dans la vidéo (http://portal.vpod.tv/), l'autre dans la musique (http://www.magnatune.com/) ont présenté le leur: les gains sont partagés 50%/5'% avec les auteurs. A voir si suffisamment de gens pourront en vivre. Dans ce domaine, l'heure est à l'exploration.

La longue traîne dans le domaine culturel?

Dans le domaine de la culture, notamment celle qui est déjà dans le domaine publique, le bénéfice serait énorme. Non pas en espèces sonnantes et trébuchantes, mais en reconnaissance. En effet, si les contenus culturels (littérature, poésie, peinture, objets archéologiques,etc...) étaient massivement mis en ligne, de nombreuses oeuvres tombées dans l'oubli trouveraient elles aussi une seconde existence. Mais cela suppose deux conditions:

  • l'augmentation de l'offre par des encouragements à la numérisation
  • des outils de valorisation permettant à des internautes de mettre en valeur ce patrimoine numérisé: systèmes d'édition de galeries virtuelles, blogs commentant les oeuvres, etc...

Les commentateurs ou les commissaires d'expositions virtuelles feraient remonter des oeuvres moins connues du grand publie, voire carrément méconnues. Les internautes qui auraient envie de les découvrir pourraient y accéder facilement puisqu'elles sont disponibles sur le Net. Et cela amènerait à la découverte d'autres oeuvres. Ainsi beaucoup d'internautes consulteraient beaucoup d'oeuvres, même si chaque oeuvre n'arrive qu'à un score modeste. J'ai personnellement fait une expérience similaire en cherchant chez des bouquinistes des anthologies de poésie de la fin du 19ème siècle. Une bonne partie des poètes mentionnés sont oubliés, mais la lecture de leurs textes donnent envie de mieux les découvrir. Le fait qu'ils n'aient pas survécu à un moment donné au filtre des éditeurs ne signifie qu'ils ne méritent pas d'être lus aujourd'hui: les critères changent d'une époque à l'autre. Ainsi créer les conditions de la longue traîne favoriserait la promotion de la culture (qui est dans le domaine public).

http://www.internetactu.net/?p=5911

Chris Anderson, The Long Tail, 2006

http://www.thelongtail.com/

ET DANS LE MUSEE VIRTUEL?

Les musées constituent-ils une bonne solution pour diffuser les contenus culturels? On peut considère habituellement deux types de public:

  • le grand public, qui cherche essentiellement un divertissement (museumtainment)
  • les spécialistes pour qui les expositions sont souvent trop simples et qui devraient pouvoir consulter les collections.

En fait, il y a une infinité de raisons pour lesquelles on s'intéresse à un objet qui se trouve dans un musée:

  • curiosité générale
  • étude
  • recherche
  • reconstitution de ce type d'objet
  • esthétique
  • intérêt pour les matériaux
  • intérêt pour les motifs
  • intérêt pour l'époque
  • intérêt pour l'usage de ce type d'objet

Le musée de brique et de ciment n'est sûrement pas l'outil idéal pour atteindre tous ceux qui, de fait, ont un intérêt pour un certain objet. En revanche, Internet, qui fonctionne selon le principe de la longue traîne, a cette capacité. Ainsi un objet peut être virtualisé:

  • on le numérise (2D, 3D)
  • on lui adjoint des méta-informations

Dès ce moment, il peut être retrouvé plus facilement par tous ceux qu'il intéresse. Mieux encore, grâce aux méta-informations, les personnes peuvent ignorer son existence et le trouver quand même, grâce aux mots-clés qu'on lui aura adjoint (méta-informations).




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