La muséalité

A la racine du musée, il y a un comportement fondamentalement humain: celui de la collection 1). On peut le détecter dans les époques les plus reculées et il est encore est très général de nos jours. Chaque individu est potentiellement un collectionneur. C’est une tendance que l’on remarque beaucoup chez les enfants et que les commerçants ont bien observée, à voir le nombre de cartes et d’autocollants à collectionner ! Les spécialistes appellent cette attitude très fondamentale instaurant un lien entre l’homme et un objet, qui prend alors une valeur particulière, la muséalisation :

Par le processus de muséalisation qui, comme acte intellectuel et physique, est toujours une décision de l'homme, les objets sont, d'une certaine manière, ôtés à la vie, ce qui paradoxalement retarde en même temps leur mort physique. Ce faisant, ils deviennent des témoins de la mémoire individuelle ou collective, avec un caractère de référence attribué par l'homme et qui ne se trouve jamais dans l'objet lui-même. Ils deviennent ainsi des objets de musée, ils acquièrent une nouvelle qualité : la muséalité. La muséalisation peut, par définition, se faire partout: au coeur d'un village restauré et protégé, dans un chalet de vacances, dans un jardin. Toutefois, l'endroit privilégié et socialement le plus établi reste le musée 2).

Les premières grandes collections étaient le fait d’individus riches et puissants, le plus souvent des princes, des rois. Elles sont à l’origine de beaucoup de nos musées. En créant les institutions muséales et en accompagnant ces créations de lois sur le patrimoine, on a en partie supprimé la possibilité de collectionner à large échelle certains types d’objets, notamment les objets du passé dont une faible partie sont disponibles sur les marchés publics. La collection s’exerce actuellement sur des objets plus modestes : timbres, monnaies, livres, mais aussi bagues de cigare, étiquettes de vin, cartes Panini pour les plus jeunes, etc.. Les grands collectionneurs peuvent encore s’intéresser aux arts décoratifs et à l’art contemporain, domaine dans lequel la valeur des œuvres est encore très spéculative. De surcroît, ces collections privées d’art contemporain deviennent elles-mêmes souvent des musées. Par conséquent, si le musée est issu d’un comportement humain particulier, il aura aussi acquis au cours de son histoire des buts propres: exposition et éducation du public ainsi, conservation du patrimoine, comme le montre son histoire.

1) SALMON Pierre (1958), De la collection au Musée, La Baconnière, Neuchâtel Voir le livre dans Worldcat

2) SCHAERER Martin (2000), « Le musée et l'exposition: variation de langages,variation de signes », Comité international de l’ICOM pour la muséologie. Cahiers d’études, 8, pp. 9-10

ET DANS LE MUSEE VIRTUEL?

Tout support informatique, et notamment le disque dur d'un ordinateur, peut constituer l'équivalent de ces greniers qui n'existent plus de nos jours, dans les habitats urbains. Privé de possibilités de stockage matériel, l'homme du 21ème siècle peut désormais s'approprier des parties du monde sous leur forme numérique. Le plus souvent, il s'agit d'un substitut numérisé. Il peut les ranger dans son ordinateur. Ces fichiers numériques acquièrent ainsi un sens particulier pour celui qui les conserve. On peut considérer qu'ils acquièrent cette particularité: la muséalité. Le drame que constitue la perte de données informatiques personnelles, phénomène malheureusement assez courant, est un indicateur de la valeur accordée aux contenus numériques (pas toujours professionnels).




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