La numérisation
Au fond, qu’est-ce que le numérique ? C’est la transcription de toutes sortes d’informations dans un code binaire, c’est-à-dire une suite de 0 et de 1. Les objets numériques tiennent à la fois de l’écriture, puisqu’ils sont dans un code très simple, mais aussi des nombres, puisqu’ils offrent la possibilité d’effectuer des calculs (traitement). Ces faits ont d’importantes conséquences :
Unification et mélange
Il est possible de transcrire en code numérique toutes sortes d’informations qui, à l’échelle de nos sens, sont très différentes: des textes, des images, des sons. Cette transformation permet ensuite de mêler ces informations entre elles, en créant, par exemple, une image accompagnée de son.
Traitement, calcul et manipulation
Le fait de pouvoir effectuer des calculs sur ces objets numériques permet de réaliser des choses étonnantes, comme les images de synthèse. Contrairement aux films, qui sont une suite d’images analogiques, les images de synthèse sont le fruit de calculs, effectués par un ordinateur. Ainsi l’objet numérique ne trouvera pas forcément son équivalent dans le monde empirique. Les dinosaures n’ont jamais pu être filmés, mais il est possible d’en créer des images animées.
Copie et original
Un objet numérisé peut être copié autant de fois que l’on veut, pratiquement sans perte de qualité. Par conséquent, une œuvre d’art numérique ou un film en images de synthèse n’ont pas un véritable original.
Ce n’est pas seulement la notion d’original qui est mise à mal, mais également celle de copyright. En effet, la facilité avec laquelle il est possible de copier un fichier, qu’il s’agisse d’un album de musique, d’un film, d’images, de texte, le coût très bas de l’opération et du support a entraîné un vaste mouvement de piratage dans le monde. Cette situation a provoqué des remous importants dans les industries du divertissement et des médias. En outre, il faut mentionner que, dans la communauté des internautes, la notion de gratuité est très développée. A côté de l’univers des objets numériques payants, il y a celui de l’open source et des droits réduits ou libres .
Recherche et comparaison
Il est possible d’effectuer des recherches et des comparaisons dans des corpus d’objets numériques, en recherchant des chaînes de caractères semblables.
Rapport au monde empirique
Souvent, un objet numérisé est issu de notre réalité empirique. Il nécessite l’utilisation d’un appareil permettant la numérisation : appareil photo numérique, scanner, caméscope numérique. Mais il est possible de créer des objets numériques de manière directe : c’est le cas quand on compose un texte, une image ou une musique directement à partir d’un logiciel informatique. Bien entendu, on doit admettre que l’auteur de l’objet numérique s’inspire lui-même de la réalité empirique, à travers ses souvenirs. Et ce serait encore le cas si un informaticien créait un programme générant automatiquement des objets numériques. Il n’y a donc pas de génération spontanée dans le monde numérique et ce monde se détache difficilement de notre réalité empirique.
Cycle de vie des objets numérisés
Une fois que l’objet numérique est créé, il peut subir des transformations. Les ordinateurs sont les outils permettant ces transformations : correction de texte, retouche d’image, animation d’objets en trois dimensions. Il n’y a cependant pas une fluidité extrême entre les différents types d’objets numériques : chacun a des formats qui lui sont propres, des logiciels permettant d’effectuer les modifications. Certains logiciels permettent néanmoins de réunir différents types d’objets : des sons et des images par exemple.
Parmi les manipulations possibles de l’objet numérique, il faut mentionner en premier lieu la
copie. En effet, cette opération est très simple à réaliser et n’entraîne aucune perte (voir ci-dessus).
L’objet numérique doit aussi être
stocké sur un support ad hoc : disque dur, CD-ROM, DVD, etc… Ce stockage pose actuellement de gros problèmes de place ou de pérennité des formats dans lesquels les objets sont sauvés et qui évoluent constamment. Personne n’est certain qu’une photographie sauvée sous un certain format aujourd’hui sera encore lisible dans 20 ans, alors que des photographies noir/blanc peuvent résister plus de 100 ans.
Il faut donc également pouvoir
lire un objet numérisé. Outre l’ordinateur qui peut faire office de lecteur et qui peut lire toutes sortes de types d’objets numérisés et plusieurs supports, il existe des lecteurs spécifiques comme les lecteurs de CD ou de DVD, les baladeurs MP3 et plus dernièrement des appareils contenant un disque dur, capable d’enregistrer et de restituer des émissions de télévision. Le téléphone portable et les assistants personnels (de type Palm) entrent aussi dans cette liste.
L’objet numérique
meurt également. Il est très fragile, comme ses supports du reste. Il est peut être effacé en un clic, disparaître avec un disque dur défectueux. On raconte des histoires d’auteurs qui auraient perdu des romans entiers. Beaucoup de pertes sont dues également au désintéressement des auteurs eux-mêmes. Les blogs, par exemple, représentent en quantité un contenu important d’Internet. En janvier 2006, il en existerait 50 millions et chaque jour , 100 000 nouveaux blogs apparaissent. Que restera-t-il de cette blogosphère dans 10 ou 20 ans ? Il est évident que tous les blogs ne sont pas intéressants à conserver, mais les critères ne sont pas si simples à déterminer. Ils pourraient servir de matière pour une étude de notre époque et dans ce cas, la qualité littéraire n’est pas primordiale. Depuis quelques années, on cherche à sauver des parties entières d’Internet qui est le contenu numérique le plus mouvant. Malgré cela, il faut se résoudre à d’énormes pertes.
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