La remise en cause des musées

Pendant longtemps, le rôle du musée semblait évident bien que peu explicité, de même que son fonctionnement. On voulait y montrer le passé (musées d'histoire et d'archéologie), l'art (musées d'histoires de l'art), l'Autre (musées d'ethnographie), la science et le progrès (musées des sciences et des techniques). On considérait ces musées comme des outils d'éducation du public. C'est en tout cas le rôle que leur avait assigné la Révolution française en nationalisant les collections royale pour les mettre à la disposition de tous.

Mais après le séisme intellectuel de 1968, le musée est en crise et il y a de profondes critiques envers son rôle dans la société. Selon les domaines, la critique est différente.

Eco-musée

On voit naître de nouvelles formes de musées, comme l’éco-musée, plus proche de son contexte régional et mettant l’homme au centre de ses préoccupations. Ce mouvement a été théorisé notamment par Georges-Henri Rivière.

Art

Les artistes remettent en question le musée. Que devient une oeuvre d'art intégrée dans un musée. Est-elle encore opérante?

Ethnographie

Gérard Collomb, Ethnicité, nation, musée, en situation postcoloniale, Revue française d'ethnologie, 1999, 3, Musée, nation après les colonies

Cet article pose le problème des musées d'ethnographie dont le rôle était de montrer l'Autre. Lors de l'époque coloniale, la situation était claire. Mais dans notre monde de globalisation, la question du rôle de ces musées doit être à nouveau posée. Leur augmentation, notamment dans les pays du sud, montrent qu'ils correspondent à un besoin. C'est peut-être celui de la fabrication de l'identité.

Voir aussi: Be virtual: Le musée virtuel du Gabon

Remise en question de la muséographie

Les autres types de musée posent des problèmes moins aigus: musées d'histoire et d'archéologie, musées des sciences et des techniques. C'est surtout la manière dont les objets et informations sont présentés. Le public visite les musées de manière passive, se contentant de lire et de regarder. Aujourd'hui il peut participer à l'exposition, essayer, sentir, etc.. Depuis quelques temps, on réfléchit en effet à des approches plus novatrices du musée ou de l'exposition. Le visiteur devient un acteur de sa visite, comme on peut le voir, par exemple, dans les expositions montées par Jacques Hainard au Musée d’ethnographie de Neuchâtel (muséologie de la rupture).

Constitution des collections

La manière dont les collections se sont constituées constitue aujourd'hui un thème critique. Il y a eu quelques affaires retentissantes comme celle du Musée Getty qui a dû restituer des objets archéologiques à l'Italie, car ils provenaient de fouilles clandestines. La question mérite d'être posée: à qui appartiennent les objets exposés?

Voir le chapitre Hasard et conditions de constitution des collections

Patrimoine immatériel

Pendant longtemps, les musées étaient centrés sur l'objet, le témoignage matériel. On s'est rendu compte récemment que le patrimoine est aussi constitué d'éléments non matériel: cérémonies, traditions orales, etc… On peut donc se demander si le musée est à même de présenter l'ensemble du patrimoine.

Voir le chapitre patrimoine immatériel

Economie et privatisation

Une grande partie des musées sont publics, donc dépendant des caisses des Etats. Depuis 2 décennies, ces derniers réfléchissent à une gestion moins onéreuse dans tous les domaines. Le "new public management" appelait à opter pour les modèles de l'économie privée en considérant les rôles de l'Etat comme des prestations. On s'est donc plus posé la question des recettes possibles dans chaque prestation. Or les musées demandent presque toujours une taxe d'entrée. Mais les recettes ne couvrent de loin pas les frais de fonctionnement. Cependant il y a une certaine pression pour que les musées deviennent plus rentables.

Les technologies de l’information et de la communication

Les technologies de l’information et de la communication constituent une certaine concurrence pour les musées. La première génération de produits, sur CD-Rom, présentait des défauts, comme l'impossibilité des mises à jour. Mais Internet joue un rôle de plus en plus important dans l'accès du public au patrimoine.

Les musées sont-ils le bon outil?

La question mérite d'être posée. Selon Francesco Antinucci, en Italie, 10% des musées drainent 90% du public. Quand on interroge le public sur ce qu'il a vue, les gens peinent à répondre. Les grands musées et les expositions événements appartiennent de plus en plus au monde du divertissement (museumtainment) et de moins en moins à la diffusion de la culture. Cet échec est en partie imputable au fait que les musées communiquent mal sur les objets qu'ils présentent. Ces objets sont sortis de leur contexte et simplement montrés. Cela ne suffit pas pour que le public les comprennent.




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